Ce qu'il faut savoir sur les noyaux

Un noyau atomique est caractérisé par deux nombres :

  • $Z$, le numéro atomique = nombre de protons
  • $A$, le nombre de masse = nombre de nucléons (protons + neutrons)
  • $N = A - Z$, le nombre de neutrons

On note un noyau ${}^A_Z\text{X}$, où X est le symbole de l'élément. Deux noyaux sont isotopes s'ils ont le même Z mais des valeurs de A différentes : même élément chimique, nombre de neutrons différent. Le carbone 12 (${}^{12}_{6}\text{C}$), le carbone 13 (${}^{13}_{6}\text{C}$) et le carbone 14 (${}^{14}_{6}\text{C}$) sont trois isotopes du même élément.

Les noyaux instables, situés en dehors de la vallée de la stabilité sur le diagramme (N, Z), cherchent à l'atteindre par désintégration spontanée. C'est ce phénomène qu'on appelle la radioactivité.

Les équations de désintégration

Toute désintégration respecte deux lois de conservation, appelées lois de Soddy : conservation du nombre de masse A et conservation du nombre de charge Z.

TypeParticule émiseVariation de ZVariation de AContexte
Alpha (α)Noyau d'hélium ${}^4_2\text{He}$−2−4Noyaux très lourds (Z > 82)
Bêta moins (β⁻)Électron ${}^0_{-1}\text{e}$+10Au-dessus de la vallée (excès de neutrons)
Bêta plus (β⁺)Positon ${}^0_{+1}\text{e}$−10En dessous de la vallée (excès de protons)

Méthode pour identifier le type à partir du diagramme (N, Z) :

1

Repérer la position du noyau par rapport à la vallée de la stabilité.

2

Au-dessus de la vallée (excès de neutrons) : désintégration β⁻ (un neutron se transforme en proton).

3

En dessous de la vallée (excès de protons) : désintégration β⁺.

4

Noyau très lourd (Z > 82 typiquement) : désintégration α.

Exemple d'équation de désintégration α :

$${}^{238}_{92}\text{U} \rightarrow {}^{234}_{90}\text{Th} + {}^4_2\text{He}$$

Vérification : $A = 238 = 234 + 4$ ✓ et $Z = 92 = 90 + 2$ ✓

La loi de décroissance radioactive

La radioactivité est un phénomène spontané et aléatoire à l'échelle d'un noyau isolé. Pour une population macroscopique, le comportement suit une loi exponentielle décroissante.

Les quatre formules à maîtriser

FormuleCe qu'elle calculeUnités
$N(t) = N_0 \times e^{-\lambda t}$Nombre de noyaux radioactifs restants à l'instant $t$sans unité
$A(t) = \lambda \times N(t)$Activité : nombre de désintégrations par secondeBecquerel (Bq)
$A(t) = A_0 \times e^{-\lambda t}$Évolution de l'activité au cours du tempsBq
$t_{1/2} = \dfrac{\ln 2}{\lambda}$Demi-vie : durée pour que N soit divisé par 2s, min, an selon le contexte

Définitions clés :

  • $N_0$ : nombre de noyaux radioactifs à $t = 0$
  • $\lambda$ : constante radioactive, propre à chaque isotope (en s⁻¹)
  • $t_{1/2}$ : demi-vie ou période radioactive, caractéristique constante d'un noyau, indépendante de la quantité initiale

La démonstration de $t_{1/2} = \ln 2 / \lambda$ (souvent demandée)

Par définition, à $t = t_{1/2}$, il reste exactement $N_0 / 2$ noyaux. En substituant dans la loi de décroissance :

$$N_0 \times e^{-\lambda t_{1/2}} = \dfrac{N_0}{2} \implies e^{-\lambda t_{1/2}} = \dfrac{1}{2}$$

On prend le logarithme népérien des deux membres :

$$-\lambda \, t_{1/2} = \ln\!\left(\dfrac{1}{2}\right) = -\ln 2 \implies t_{1/2} = \dfrac{\ln 2}{\lambda}$$

Propriété pratique : après $n$ demi-vies, il reste $N_0 / 2^n$ noyaux. Après 10 demi-vies, l'échantillon est considéré comme pratiquement inactif.

Les 3 types de questions du bac

Type 1 : identifier une désintégration et compléter une équation

On donne un noyau père et on demande d'identifier le type de désintégration (à partir du diagramme N-Z ou d'un contexte) puis d'écrire l'équation complète. La méthode : appliquer les lois de Soddy pour déterminer les nombres A et Z du noyau fils, puis identifier l'élément correspondant dans le tableau périodique.

Type 2 : calculer une activité ou un nombre de noyaux

On donne $\lambda$ (ou $t_{1/2}$) et $N_0$ (ou $A_0$), et on demande $N(t)$ ou $A(t)$ à un instant donné. La méthode : vérifier la cohérence des unités. Si $t_{1/2}$ est en années et $t$ en secondes, il faut convertir avant d'appliquer la loi.

Type 3 : dater un échantillon

On mesure l'activité actuelle $A(t)$ et on connaît l'activité initiale $A_0$. On cherche $t$ :

$$t = \dfrac{1}{\lambda} \times \ln\!\left(\dfrac{A_0}{A(t)}\right) = \dfrac{t_{1/2}}{\ln 2} \times \ln\!\left(\dfrac{A_0}{A(t)}\right)$$

Le choix de l'isotope dépend de l'ordre de grandeur de l'âge estimé : la demi-vie doit être du même ordre de grandeur que l'âge à mesurer. Le carbone 14 ($t_{1/2} \approx 5\,730$ ans) est adapté à l'archéologie ; le potassium 40 ($t_{1/2} \approx 1{,}2$ milliard d'années) aux roches géologiques.

Pièges classiques

Piège 1 : confondre $\lambda$ et $t_{1/2}$. Ces deux grandeurs sont liées par $t_{1/2} = \ln 2 / \lambda$, mais ne sont pas interchangeables dans les formules. Toujours utiliser $\lambda$ dans les exponentielles et $t_{1/2}$ pour les propriétés pratiques (nombre de demi-vies écoulées).

Piège 2 : oublier de convertir les unités de temps. Si $t_{1/2}$ est en années et $t$ en secondes (ou vice-versa), le résultat est faux. Tout convertir dans la même unité avant de calculer.

Piège 3 : confondre $N(t)$ et $A(t)$. $N(t)$ est un nombre de noyaux (sans unité). $A(t)$ est une activité en Becquerel (désintégrations par seconde). Les deux suivent la même loi exponentielle, mais les grandeurs initiales $N_0$ et $A_0$ doivent être cohérentes avec ce qu'on cherche.